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14/11/2014

François GUITER nous a quittés.

Quand on vous annonce le décès d’un « monument » comme François Guiter, c’est d’abord la stupéfaction, voire l’incrédulité : l’Homme semblait si fort et si solide… comment pouvait-il disparaitre ? Puis très vite c’est le chagrin : il n’y a pas beaucoup d’hommes de sa trempe autour de vous qui pourraient vous consoler, sur qui reporter vos espoirs. On dit beaucoup, et à juste titre, que François Guiter est à l’origine du renouveau du sport automobile français dans les années 70/80. Une majorité de pilotes français ont porté le fameux trépan Elf sur leur combinaison et non des moindres, puisque six ou sept d’entre eux se retrouvaient dans ces années-là, en F1, ensemble, mais les uns contre les autres… Bonne ambiance franchouillarde ! Les marques françaises Matra et Alpine raflaient les plus prestigieuses épreuves et championnats du monde, que ce soit en Rallyes, en F1 ou en endurance. Miracle ou simple concours de circonstances ? Coïncidence : il y avait alors sur le terrain un Homme, qui savait communiquer son enthousiasme, sa rage de vaincre, tant aux jeunes pilotes qu’aux plus importants managers de l’industrie. Cette force de caractère, il l’avait forgée en plongée dans les eaux glacées tumultueuses et mystérieuses des résurgences et petites rivières telle la Vésubie, puis, en apprivoisant les requins de l’Océan Indien… pour finalement apprendre à manœuvrer les crocodiles du pétrole ou de l’automobile. J’ai été témoin de son approche et de ses négociations musclées entre Renault et Alpine. En principe, Alpine n’avait pas affaire directement à son pétrolier. Renault et Elf avaient négocié un large contrat de préconisation qui comportait un volet compétition, aux termes duquel le pétrolier apportait sa contribution au budget courses de Renault en échange d’une exclusivité pilotes et véhicules Renault et Alpine. Donc Alpine portait les couleurs Elf mais c’est Renault qui rétrocédait à Alpine une part de la participation Elf… Cette situation un peu tordue ne plaisait guère à Rédélé, patron d’Alpine, ni à Guiter, qui pourtant s’en accommodait car à l’époque le programme de rallyes d’Alpine ne le passionnait pas, pas plus que leur modeste participation aux 24Heures du Mans, sans jamais pouvoir jouer « la gagne ». En homme pressé, Guiter avait persuadé monsieur Prada, le patron d’Elf, de jouer le sport automobile et particulièrement les courses en circuits plus faciles à exploiter médiatiquement pour que sa nouvelle marque gagne rapidement de la notoriété. A la fin de la saison 70, François Guiter a compris qu’Alpine allait devenir compétitif en Formule 3 ; il s’est alors beaucoup plus impliqué dans les budgets courses, exigeant de Renault une enveloppe spécifique allouée à la F3 Alpine, alors que la F3 n’était pas dans le programme compétition financé par Renault jusqu’alors. Et ainsi de suite ….quand la monoplace F3 Alpine A364 eut démontré ses grandes qualités, il en a fait dériver une F2… « Elf 2 » à moteur Ford-Hart…, pour les pilotes Elf ! Quand il a compris qu’une nouvelle jeune équipe talentueuse était aux commandes chez Gordini, il a fait décider le lancement d’un vrai moteur de courses, le fameux V6 2l, en signant spectaculairement un chèque symbolique de démarrage ; ce moteur sera à l’origine du retour triomphal de Renault aux 24H du Mans (via Alpine) et en Formule1. François Guiter avait un regard particulièrement aigu : il savait le planter dans les yeux de son interlocuteur pour l’amener où il voulait mais il savait aussi « regarder », apprécier, soupeser les forces en présence et déceler les chances de gagner. Et quand elles étaient réunies, foncer ! Son Ego était en proportion de sa corpulence mais il le mettait au service de son équipe, de sa marque, de sa nation. Avec le recul, je crains qu’il ait beaucoup souffert intérieurement de l’absorption récente d’Elf par Total… Petit détail ridicule dans cette démarche matérialiste inéluctable de globalisation.